Tout comprendre à la prescription en matière pénale

Droit pénal - procédure

Maître Mathias Eluère - Avocat au barreau des Hauts-de-Seine

En droit pénal, la prescription est un mécanisme qui fixe les délais au-delà desquels les infractions ne peuvent plus être poursuivies et les peines exécutées. Comprendre son fonctionnement est essentiel, que vous soyez victime souhaitant agir, personne mise en cause ou simplement curieux de vos droits.

Sommaire

  1. Qu'est-ce que la prescription pénale ?
  2. Les délais de prescription de l'action publique (poursuites)
  3. Le point de départ du délai
  4. L'interruption de la prescription
  5. La suspension de la prescription
  6. La prescription de la peine
  7. Les effets de la prescription

  1. Qu’est ce que la prescription ?

La prescription pénale est le mécanisme par lequel l'écoulement du temps fait disparaître la possibilité d'agir en justice. Autrement dit, si les autorités n'ont pas engagé de poursuites dans un certain délai, elles perdent définitivement le droit de le faire.

En droit français, la prescription pénale existe à deux niveaux distincts :

La prescription de l'action publique — Elle empêche d'engager ou de poursuivre des poursuites pénales déjà entamées.

La prescription de la peine — Elle empêche qu'une peine prononcée par une juridiction soit exécutée par le condamné.

Ces deux prescriptions obéissent à des règles différentes et produisent des effets distincts. Il est important de ne pas les confondre.

2. Les délais de prescription de l’action publique (poursuites)

Les délais varient selon la gravité de l'infraction. Ils ont été réformés par la loi du 27 février 2017, qui les a doublés par rapport aux anciens délais.

Les infractions imprescriptibles

Certains crimes d'une gravité exceptionnelle sont imprescriptibles : c'est le cas des crimes contre l'humanité (génocide, disparitions forcées…), visés aux articles 211-1 à 212-3 du Code pénal. Ils peuvent être poursuivis à tout moment, sans aucune limite dans le temps.

Les régimes spéciaux pour les infractions sur mineurs

Lorsque la victime est mineure, la loi prévoit des délais allongés et un point de départ différé : le délai ne commence à courir qu'à compter de la majorité de la victime. Pour certains crimes sexuels sur mineurs, ce délai peut atteindre 30 ans après la majorité, soit jusqu'aux 48 ans de la victime.

Le cas particulier des infractions de presse

Les infractions prévues par la loi du 29 juillet 1881 (diffamation, injure, provocation…) obéissent à une prescription très courte : 3 mois en principe, portée à 1 an pour les délits de haine. Ces délais très brefs imposent une réaction rapide de la part des victimes.

3. Le point de départ : quand le délai commence-t-il à courir ?

En principe, le délai débute le lendemain du jour où l'infraction a été commise. Ce principe connaît certaines exceptions selon les circonstances de la commission de l’infraction.

Les infractions occultes ou dissimulées

Certaines infractions sont, par nature, difficiles à détecter : escroquerie, abus de confiance, fraude fiscale, corruption… La loi prévoit dans ce cas un report du point de départ : le délai commence à courir non pas le jour de la commission des faits, mais le jour où l'infraction aurait pu être découverte et constatée afin d’engager des poursuites.

Attention : ce mécanisme est encadré par un délai butoir. Même si l'infraction reste longtemps cachée, les poursuites sont définitivement impossibles après 12 ans pour un délit et 30 ans pour un crime à compter du jour des faits.

Infractions continues et infractions répétées

Pour une infraction continue (dont la situation illicite se prolonge dans le temps, comme le recel), le délai ne court qu'à compter du jour où cette situation prend fin. Pour une infraction répétée, il peut courir à compter du dernier acte commis. Ces distinctions sont déterminantes en pratique pour savoir si des faits anciens sont encore susceptibles de poursuites.

4. L'interruption de la prescription

L'interruption est le mécanisme le plus efficace : elle efface entièrement le délai déjà écoulé et fait repartir un nouveau délai complet à son point de départ.

Nature de l'infraction Délai actuel Ancien délai (avant 2017)
Crime (ex. : meurtre, viol) 20 ans 10 ans
Délit (ex. : vol, escroquerie) 6 ans 3 ans
Contravention 1 an 1 an
Acte interruptif Exemple concret
Mise en mouvement de l'action publique Plainte de la victime, citation directe, ouverture d'enquête préliminaire
Actes d'enquête du parquet ou de la police Audition, garde à vue, recherches sur des fichiers automatisés
Actes d'instruction Mise en examen, commission rogatoire

L'interruption bénéficie à tous les participants à l'infraction (auteurs et complices) et s'étend aux infractions connexes, même si l'acte ne les visait pas directement.

5. La suspension de la prescription

Contrairement à l'interruption, la suspension n'efface pas le temps déjà écoulé : elle met simplement le délai en pause. Quand l'obstacle disparaît, le délai reprend là où il s'était arrêté.

La suspension intervient lorsqu'un obstacle rend impossible la mise en mouvement des poursuites. Cet obstacle peut être un obstacle de droit ou un obstacle de fait insurmontable.

Un obstacle de droit — Par exemple, l'immunité du Président de la République durant son mandat (article 67 de la Constitution de 1958): tous les délais de prescription sont suspendus pendant la durée du mandat.

Un obstacle de fait insurmontable — Assimilable à la force majeure : état de guerre, catastrophe natuelle...

6. La prescription de la peine

Une fois condamné par une juridiction, le condamné peut-il un jour être à l'abri de l'exécution de sa peine ? Oui, si celle-ci n'est pas mise à exécution dans les délais légaux.

Nature de l'infraction Délai de prescription Point de départ
Crime 20 ans Décision définitive de condamnation
Délit 6 ans Décision définitive de condamnation
Contravention 3 ans Décision définitive de condamnation

Il est important de noter que la prescription de la peine n'efface pas la condamnation elle-même : celle-ci peut continuer à figurer au casier judiciaire. Elle empêche uniquement l'exécution concrète de la sanction.

Point de vigilance : pour les jugements rendus par défaut, le délai ne commence à courir qu'à compter de la signification régulière du jugement. Si cette signification n'intervient pas dans le délai de prescription de l'action publique, les poursuites sont définitivement éteintes.

7. Les effets de la prescription

Effets de la prescription de l'action publique

L’acquisition de la prescription entraîne l’extinction de l’action publique. Dès lors, les poursuites sont impossibles.

Effets de la prescription de la peine

La prescription de la peine ne fait pas disparaître la condamnation. Elle empêche uniquement son exécution. Le casier judiciaire peut continuer à mentionner la condamnation tant que le délai d'effacement des mentions n'est pas expiré.

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